Le Rayas espagnol
Les deux frères Anguera travaillent aujourd’hui à un niveau sans équivalent en Espagne.
Lors de ma dernière visite ce printemps, j’y ai croisé — pas par hasard — l’un des journalistes vin les plus connus au monde, accompagné des importateurs du Royaume-Uni et du Canada.
Nous avons dégusté les nouvelles cuvées du millésime 2022. À côté de grands noms cultes du monde entier : Rayas, Mugnier, Haut Brion, Roulot, Overnoy, et bien d’autres…
Une journée éprouvante 😉…
Pourquoi cette comparaison avec Rayas, le plus mythique des Grenache français ?
La Grenache (ou Garnacha / Garnatxa / Granatxa) est très répandue en Espagne. Beaucoup travaillent à très haut niveau et frôlent le style de Rayas.
Dani Landi est sans doute le plus connu avec son Comando G.
Comme ici, on y travaille en biodynamie et avec une approche non interventionniste.
Mais les frères Anguera vont encore plus loin.
Ils produisent aujourd’hui à peine un quart de ce qu’ils faisaient il y a 10 ans, avec les mêmes vignes. Le déclic ? Une visite à Château Rayas en 2019. Ils entretiennent d’ailleurs une belle amitié avec Emmanuel Reynaud.
À l’époque, ils travaillaient déjà en biodynamie, sans intervention, mais récoltaient trop tôt à cause des étés de plus en plus chauds. Le but ? Un style de Grenache plus frais.
Lors de leur visite, ils se sont rendu compte de leur erreur. Ce que fait Rayas, c’est exactement ce que leur grand-père faisait dans les années 50 et 60 : les raisins doivent mûrir pleinement. Et cela, jusqu’au début de l’automne, début octobre.

Même si cela implique une perte de rendement, tant pis — c’est la seule manière d’obtenir des vins avec
identité et maturité phénolique complète.
Dès la récolte 2020, ils ont donc radicalement changé leur date de vendange.
Fin août ? Plus jamais. À Montsant, tout le monde récolte alors. Eux, attendent début octobre…
Et perdent parfois la moitié de leur maigre récolte.

Les grappes entières sont ensuite broyées dans une petite machine qu’ils ont eux-mêmes conçue.
Donc vendange tardive et plus de foulage des raisins.
À ce moment-là, plus de la moitié des raisins sont déjà devenus de petits raisins secs.
Autrefois, on les écartait car jugés trop mûrs.
La fermentation est longue et exclusivement réalisée avec des levures indigènes.
La robe est très pâle, mais les arômes sont riches et méditerranéens.
Délicieux !
Des vins clairs, mais puissants, longs et complexes.
Selon eux, la fraîcheur vient désormais du froid d’octobre, et non de vendanges prématurées en août.
Donc un degré d’alcool élevé, mais toujours élégant et équilibré.
Comme… justement, chez Château Rayas.
Reste un point à régler avec eux : tout comme moi, ils sont fermement convaincus de la qualité de leurs vins. Mais ils refusent d’envoyer des échantillons à R. Parker et consorts.
Et pourtant… c’est essentiel pour nous tous. Car vous ne me croyez pas facilement, sauf si Parker met un 99/100 dessus – alors là, tout le monde suit 😉.
Donc : pas de note Parker pour ce 2022.
Mais un gros avantage : vous avez sans doute déjà goûté le 2020 ou 2021. Donc vous savez que c’est phénoménal.
As simple as that. Moi, j’adore… !!